Comméroration du 90ème anniversaire de l’armistice de la guerre 1914-1918
Posté par Boutigny autrement le 11 novembre, 2008
A l’occasion de la commémoration de cet évènement, nous souhaitions rendre hommage à un poilu originaire du Sud Essonne, Louis Kremer dont la correspondance jusque là inédite, est publiée ces jours-ci.
Louis Kremer est né à Etampes le 12 décembre 1883. En 1909, il publie un recueil de vers “le Tribut d’Airain”. Incorporé dans un régiment d’infanterie en août 1914, il est cité a plusieurs reprises pour ses actes de bravoure. Blessé lors de la dernière offensive allemande, il décédera des suites de ses blessures à l’hôpital polytechnique de le 18 juillet 1918.
90 ans plus tard, l’intégralité de la correspondance qu’il a adressé à son ami de l’arrière et poète, Henry Charpentier, est publiée dans un ouvrage intitulé “D’encre, de fer et de feu” publié chez la Table ronde et annotée par Laurence Campa.
Ci dessous, nous vous livrons un extrait de cet ouvrage qui rend compte du quotidien des soldats de la “Grande Guerre” relaté par un jeune écrivain :
lettre du 13 décembre 1914 :
“Chers amis, Comme je vous l’ai écrit il y a 4 jours, je suis actuellement sur le front, aux plus extrêmes avant- postes d’une région particulièrement éprouvée. Ma vie ne tient plus qu’à un fil et n’est plus qu’un perpétuel jeu de cache-cache avec la mort, un miracle indéfiniment renouvelé, heure par heure, minute par minute. J’ai 4 jours de garde – 4 jours de repos à 6 km en arrière (sous les obus) – 4 jours de garde- 4 jours de repos, ainsi de suite jusqu’à nouvel ordre. Les 4 jours de garde se prennent jour et nuit, surtout la nuit, en plein bois, sur des routes, dans des prés, dans un cimetière, un peu partout, sans être protégé. Les sentinelles sont debout, cibles vivantes, à la merci du moindre coup de feu et généralement à 50 ou 100 mètres de l’ennemi, dans certains endroits même à 10 mètres. Les tranchées adverses se touchent presque: on se voit, on s’entend parler et même depuis quelques jours on se parle, entre Français et Allemands: c’est incroyable, mais c’est vrai. Les nuits sont généralement épouvantables, d’une obscurité incroyable, très pluvieuses. On a les pieds dans l’eau jusqu’aux chevilles, les tranchées sont d’ailleurs transformées en ruisseaux. Toute la nuit, coups de feu, pétarades, tout le jour obus, shrapnells. Ah! c’est une rude, c’est une effroyable école d’énergie, de volonté. Les villages sont dans un état indescriptible. Il y a des visions de peintres d’histoire à la Detaille, à la Neuville. Je vous aurais raconté cela, si j’étais revenu. J’ai vu mercredi le premier mort. Vision sans égale! Une pauvre charogne boueuse, infecte, souillée de terre et d’ordures, sans tête (un tas de chiffons pleins de sang, en boule à la place de [la] tête) les mains couleur de cire, recroquevillées. J’ai assisté à la mise en terre de ce misérable, devant un prêtre soldat et une centaine d’hommes. Les maisons démolies, les usines incendiées, les arbres fracassés, les ponts rompus ne se comptent plus. Et tout cela dans la boue, dans la pluie, dans l’ordure, les détritus, la pourriture, les excréments, les vieux linges, les vieux meubles, l’infection.
Tout à vous.”
L. Krémer